Stéphane Herpin : itinéraire d’un architecte engagé

Stéphane Herpin, architecte associé de l’agence Tout Va Bien Architecture et enseignant à l'ensa.m a été distingué en 2025 par les Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes (AJAP)

  • Portrait

Stéphane Herpin, architecte associé de l’agence Tout Va Bien Architecture, distinguée en 2025 par les Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes (AJAP) ainsi que par le prix régional de la construction bois, incarne un parcours hors du commun. De la Provence à Lisbonne, son itinéraire atypique mêle pratique, militantisme et pédagogie, avec pour objectif de faire de l’architecture un levier de transformation sociale. Une trajectoire guidée par la passion et un profond engagement. Rencontre.

 

Né dans le Nord, élevé dans le Var, Stéphane Herpin n’a pas toujours rêvé de devenir architecte. Après un redoublement en terminale, il décide d’orienter sa voie vers l’architecture, un choix qu’il qualifie lui-même de "presque fortuit". Il intègre alors l’école d’architecture de Marseille, où il trouve rapidement sa voie, affirmant en riant: "Et là, je n’ai pas redoublé !" En 2011, il soutient son projet de fin d’études portant sur la tannerie Blanc Vaillant à Barjols, dans le Var. Par la suite, il se rend au Portugal, où son séjour à Lisbonne, riche en découvertes culturelles, notamment dans la réappropriation du bâti ancien dégradé, enrichit sa réflexion sur l’urbanisme rural et la réhabilitation.

Ces expériences à l’étranger, associées à ses rencontres, façonnent sa vision : "L’architecture peut être un outil puissant pour changer la société, pour redonner vie à des quartiers oubliés". De retour en France, il soutient en 2013 son HMONP, tout en créant sa propre agence, Tout Va Bien, cette même année. Parallèlement, il s’investit dans des actions associatives. "Les premières années ont été difficiles… j’ai même failli tout arrêter". Il souligne l’importance d’un accompagnement adapté pour les jeunes professionnels, évoquant la nécessité d’un soutien plus structuré pour guider les étudiants vers le monde du travail. En 2022, il s’associe avec Camille Chapin, diplômée elle-aussi de l’ensa•m, pour développer l’aventure Tout Va Bien, qui les mènera notamment à monter une antenne dans la Drôme. "Après une décennie en solo avec des collaborations ponctuelles, je privilégie désormais le travail en équipe, d’ailleurs dans mon enseignement, j’encourage fortement les étudiants à construire des démarches et des récits collectifs". 

Une approche humaniste de la transmission des connaissances

Très impliqué dans l’association Architectes sans Frontières (ASF), dont il devient président de la délégation française en 2017, Stéphane Herpin dépasse largement le cadre de l’architecture pour œuvrer concrètement sur des projets d’accompagnement à la résorption de bidonvilles à Marseille, notamment en construisant des sanitaires dans des quartiers précaires, ou en questionnant la problématique de l’habitat indigne, un sujet qu’il approfondit aujourd’hui à travers un post-master à l’ensa Paris La Villette. Son parcours l’a précédemment amené à renforcer ses compétences en gestion des risques majeurs au sein du DSA de l’ensa Paris-Belleville, tout en restant actif sur le terrain. La formation "Habitat indigne", créée par ASF en 2017, illustre sa volonté d’apporter une réponse transversale, intégrant ingénieurs, urbanistes et habitants, pour une intervention architecturale en profondeur, adaptée aux besoins des populations.

En parallèle, Stéphane s’investit dans l’enseignement. Invité par Jean-Marc Huygen en 2013 à l’ensa•m, il est aujourd’hui maître de conférences associé dans notre école dans le champs TPCAU, mais il intervient également dans le cadre du DSA risques majeurs à l’ensa Paris-Belleville et au lycée Diderot. 

Son expérience plurielle, mêlant pratique, militantisme, recherche et pédagogie, lui permet d’adopter une approche intégrée, guidée par une conviction forte : l’architecture doit être un outil d’émancipation et de transformation sociale. "Cela influence autant ma démarche architecturale que ma pédagogie", confie-t-il. Il encourage ses étudiants à percevoir l’architecture comme un levier d’émancipation, saluant leur approche plus pragmatique, artisanale, qu’il considère comme une richesse pour la profession. Son regard sur la nouvelle génération est enthousiaste. Il conseille aux étudiants de sortir des sentiers battus: "Jouez collectif, n’ayez pas peur d’emprunter des chemins de traverse, utilisez des outils non conventionnels pour raconter votre projet. Construisez doucement votre propre parcours, même à plusieurs. Cela confère de la légitimité et favorise le dialogue et la confrontation d’idées, essentiels pour évoluer". 

À 39 ans, Stéphane Herpin incarne une vocation profondément engagée. Son ambition ? Continuer à accompagner la jeunesse tout en restant fidèle à ses valeurs : "L’éducation doit nourrir l’esprit critique, la passion et la responsabilité". Son ambition à terme ? Devenir titulaire pour continuer à soutenir la nouvelle génération, leur enthousiasme et leur amour pour le métier. Sa philosophie repose sur une conviction profonde : l’éducation doit former des professionnels critiques, passionnés et responsables, capables de relever les défis de demain avec confiance et créativité.

Si ces méthodes peuvent être dépréciées par certains, qui peuvent les qualifier de "pratique du soin et de la réparation", il n’en a cure. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de bâtir, mais d’intervenir autrement, dans le respect du territoire, en privilégiant la réhabilitation et en s’opposant aux logiques de démolition. Il prône une architecture " douce", comparable à une médecine invisible ou une acupuncture territoriale. "Il ne s’agit pas de construire à tout prix, mais de réhabiliter, en évitant notamment d’empiéter sur les terres vivrières".

Solaire, engagé et équilibré, Stéphane Herpin a su conjuguer ses activités d’enseignement, de militantisme, de pratique et de recherche. Son rêve ? Créer des espaces d’échange entre architectes et artisans, afin d’inventer de nouvelles manières d’apprendre et de construire, pour que l’architecture demeure un vecteur d’émancipation et de transformation sociale.

 Claudie GAUDIN

 

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